AVANT-PROPOS :
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L’intelligence ! Voici donc un mot mot-vedette, voire fourre-tout derrière lequel il est à peine croyable qu’on ait pu y glisser autant de sens différents, voire contradictoires, autant de réalités dans un seul mot… qui plus est au singulier !

L’intelligence ! Un concept tellement flou, qu’à défaut de mieux, on l’a réduit scientifiquement à la capacité de résoudre des problèmes pour pouvoir l’appréhender; mais aucune autre mesure que le sulfureux Q.I., des non moins discutables HPI (Haut Potentiel Intellectuel) ou HPE (l’obtention d’un brevet, d’une licence ou d’un certificat couronnant un cursus ne vient étayer sa valeur.

Comment comparer l’intelligence d’une pieuvre à celle qui nous caractérise, avec les neufs cerveaux dont elle est pourvue qui s’adaptent à son environnement en une fraction de seconde en changeant de couleur  ?

Cette intelligence, nous l’avons stigmatisée et restreinte à des facultés intellectuelles… aux seules facultés intellectuelles. Sa forme au singulier fait référence à des dimensions strictement cognitives. Nous ne parlons pas :

  • d’intelligence manuelle pour les métiers du secteur secondaire, tout au plus parlons-nous d’habileté;
  • d’intelligence motrice pour un sportif, nous disons qu’il est bon;
  • d’intelligence contextuelle pour un écologiste;
  • d’intelligence relationnelle pour quelqu’un d’empathique;
  • d’intelligence émotionnelle pour quelqu’un de sensible.
  • d’intelligence spatiale et musculaire pour un déménageur.

Toutes ces formes d’intelligences sont absentes de nos Curriculum Vitae, ne s’intégrant pas dans les dogmes normatifs, éducatifs, sociaux que nous avons établi, tout au plus les qualifions-nous d’aptitudes…

Tout aussi paradoxalement, d’autres qualités que nous pourrions considérer comme des formes d’intelligence, ont été apparenté à des « sens » : le sens du rythme, le sens de l’orientation, le sens moral…

Alors qu’on s’écharpe sur le bien-fondé de savoir si nous bénéficions de plus de 5 sens, en politique , on parle de « sens stratégique ou tactique » qui est plutôt tactique par ailleurs dans les faits… Notons qu’ironiquement, à l’aune des problèmes que le genre humain arrive à se créer, la capacité des hommes politiques à contribuer à leur solutionnement, devraient se mesurer en terme d’inintelligence pour le coup… Nous n’avons cependant pas souhaité trouver mieux jusqu’à présent pour organiser notre communauté.

Je vous propose, le temps de cette lecture, de porter un regard croisé sur ce que nous, genre humain, appelons de façon très ambiguë « l’intelligence », non pas en parlant de Q.I., de qualités ou de compétences cognitives ou intellectuelles, de capacités oratoires ou d’analyses, de mémorisation ou de calcul, mais à l’aune de ce que certaines approches ou/et sciences apportent en la matière, élargissant en cela la perception réductrice que nous en avons. Vous partagerez peut-être alors, comme moi, que chacun d’entre nous est intelligent, pas au même moment, pas pour les mêmes choses et pas pour les même raisons.

Si nous avons une capacité à aller au fond des choses par le menu et par leurs détails, il nous est beaucoup plus difficile de prendre du recul, voire de la hauteur par rapport à toutes ces choses. Encore plus quand cela interroge la légitimité de nos propres modes opératoires, tout intelligents que nous soyons, ou que nous prétendions l’être… Pourquoi est-ce donc le cas ?

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APPROCHE SCIENTIFIQUE OU EMPIRIQUE ?
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Vouloir comprendre notre évolution et rendre les choses objectives par une approche scientifique aux fins de faire avancer le genre humain et sa condition n’est certainement pas le problème. Cependant, prendre en compte le vivant ne peut être envisagé que globalement car il ne fonctionne et n’évolue qu’en fonction de son environnement et de ce avec quoi et qui il interagit. L’approche scientifique n’a justement pas été pensée et conçue pour cela (et pour d’autres bonnes raisons). Le problème relève de ce qui est fait des conclusions scientifiques par des non-scientifiques qui sont de surcroît aussi aux manettes de ladite évolution.

Cet article répond de façon infime au constat suivant : s’agissant du vivant, dont « l’intelligence » ou devrais-je dire la cognition est une composante, qu’est-ce qui nourrit la dichotomie entre les approches scientifiques et empiriques quand cela touche le monde du vivant. Elles sont pourtant en l’espèce parfaitement complémentaires. Les deux s’inspirent d’observations issues de la vie réelle ou d’idées, d’intuitions « tombées de nulle part ». Elles se différencient en cela que l’une creuse des aspects spécifiques, les formalise, les mesure, les démontre et étaient des conclusions considérées comme « objectives »; l’autre dispose des exactes qualités des défauts de la précédente : elle appréhende ce qu’elle aborde de façon globale et y apporte des démonstrations et des réponses qu’on peut observer ou ressentir mais qu’on ne peut pas (encore) mesurer ou décortiquer scientifiquement. C’est pourtant de la synthèse, voire de la fusion de ces deux approches, pour ne pas dire de ces deux mondes ou univers, que peuvent naître les plus grandes avancées.

Par ailleurs, relevant de leurs résultats respectifs, ces deux approches apportent à celles et ceux qui les pratiquent une chose essentielle qui fait défaut à nombre de ceux à qui elles se destinent : l’humilité.

Laissez-moi illustrer ceci à l’aide d’un parallèle lié à un domaine qui m’est cher depuis des décennies également : celui de la neige; autre élément qui ne relève pas du vivant mais qui se comporte presque comme tel, si ce n’est qu’il ne se reproduit pas par lui-même, mais se transforme.

Quand un nivologue, donc un expert de la neige et de ses domaines connexes aborde son sujet, il vous en parle avec des grandes certitudes et abondance de biens quant à ce que c’est, d’où cela vient, où et comment cela évolue et comment cela fonctionne. Cependant, il ne conclut jamais avec des certitudes; il lui reste toujours un ou des points d’interrogation qui lui font dire que : plus il en comprend moins il en sait. Contrairement aux pratiquant(e)s ou héritiers(ères) de leur expérience et de leur savoir qui se construisent des conclusions sur fond d’expériences réussies ou de scénarios catastrophes évités de justesse.

Tel en va-t-il pour toutes les curiosités scientifiques et cognitives dès lors qu’elles ne sont pas biaisées par des considérations égotiques, politiques, économiques, fondamentalistes ou idéologiques :

comprendre, c’est s’ouvrir et accepter la différence et la complexité;
ce n’est certainement pas savoir au sens de conclure.

Le paradoxe est que les avancées qu’elles soient issues de démarches empiriques ou scientifiques donnent des arguments et du grain à moudre aux manipulateurs de tout bord. Relevant du vivant, les conclusions parcellaires offrent un terreau fertile pour servir les fins discutables d’intérêts particuliers au nombre desquels on peut citer les industries et les services du profit, mais aussi, plus étonnamment, dans des domaines tels que la formation et l’accompagnement personnel ou professionnel.

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PROPOS :
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Mon propos ici vise à nous permettre de faire des liens entre des choses dont on n’entend pas parler, ou dont on entend parler isolément sans les mettre en rapport les unes avec les autres; des liens qui ont toutes les raisons de nous interpeller autant qu’ils m’ont interpellés. Permettez-moi de commencer par un premier aspect qui rend l’usage du singulier associé au mot « Intelligence » source de grandes confusions.

Au fil des siècles, nous avons élaboré des systèmes qui se sont tous organisés autour de besoins et de volontés de :

  • hiérarchiser, normer, cadrer, légiférer;
  • faire le choix de l’approche scientifique pour valider nos nouvelles intuitions ou compréhensions avec son nécessaire besoin de  segmentation qui la caractérise.

Cette évolution que le genre humain s’est choisie avec des desseins tels que le pouvoir, les conquêtes, le progrès, le profit, l’industrialisation, la numérisation met en lumière deux choses :

  • le genre humain a appris et a développé sa capacité à se déconnecter de l’environnement auquel il appartient.
  • il a fait et fait de détails, d’observations et de conclusions parcellaires des généralités.

Je parle bien ici de choix (conscients ou non) et d’un cheminement qu’on attribue généralement à notre intelligence, celle-là dont nous sommes les seuls à jouir vu la définition qu’on lui confère, et qui nous a auto-promu au sommet de la « hiérarchie du vivant »…

Or, notre propre évolution et notre intelligence ne sont rien face aux centaines de millions d’années d’évolution du vivant par ailleurs. Nous sommes les derniers arrivés et semblons nous comporter face à lui et face à l’environnement dont nous dépendons comme le petit enfant gâté devenu enfant roi, sans scrupule, sans véritable conscience. On peut se demander si ce n’est pas cette intelligence, ce différenciateur, qui en est la cause.

Nous sommes devenus des prédateurs cupides, alors même que nous sommes, dans cette chaîne, un des maillons les plus faibles en regard de cette évolution.

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‘INTELLIGENCE À L’AUNE DU VIVANT :
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L’efficacité de ce vivant en lien avec des formes d’intelligences qui lui correspondent, voit son origine remonter à 1 milliard d’années. Notre histoire d’hominidés,  d’homininés,  d’homo sapiens débute à l’autre extrémité de cette échelle temporelle. Si on l’apparente aux balbutiements de la bipédie, elle a débuté, il y a 7 millions d’années seulement.

esSENSiel - intelligence - concept éculé suicidaire
esSENSiel - intelligence - concept éculé suicidaire

Avez-vous entendu parler des « blobs » ?  Un organisme monocellulaire apparu il y a un milliard d’années, encore en vie de nos jours (Physarum Polycephalum), sur lequel (nous devrions plutôt dire avec lequel) il a été possible de faire des expériences qui démontrent des capacités d’intelligences qu’on attribue normalement (et conventionnellement, à défaut de mieux…) à des êtres munis d’au minimum un cerveau (cliquer ICI pour en lire plus sur ce seul sujet).

Il sera question plus loin dans cet article de l’émergence de ces formes d’intelligences comparables à celle que nous appelons « l’intelligence ».

Et cela a un lien plus étroit qu’on ne l’imagine avec ce que les découvertes récentes en neurosciences nous apprennent autant qu’avec l’approche dont il est question dans ce site internet.

esSENSiel - émergence formes d'intelligences

DES PISTES EN FORME DE RÉPONSES ?
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Des pistes de compréhension de ce qui fait notre évolution nous viennent de ce que les neurosciences, la psychologie et les sciences du mouvement nous apprennent. Les travaux et l’approche de Bertrand Théraulaz et Ralph Hippolyte (*****) valident les travaux de C.-G. Jung(******). Ils mettent en lumière une évidence, pourtant ignorée encore aujourd’hui dans bien des domaines et pour commencer dans ceux de l’instruction (l’éducation en France…), du sport, de l’accompagnement et du coaching personnel et professionnel :

Nous n’avons qu’un seul cerveau pour bouger et pour tout le reste.

Quoi que que nous fassions physiquement ou cognitivement, nous utilisons toujours 100% de nos capacités cérébrales.

La différence entre nos composantes d’êtres humains, n’est pas une question de genre, de sexe ou de nature (mars-vénus…) d’un point de vue psychomoteur; elle n’est même pas génétique. Elle découle d’un développement personnel au stade embryonnaire et qui nous fait prioriser l’appel à des ressources neurocérébrales plutôt dans une région du cerveau qu’une autre en fonction des contextes, que cela soit à des fins cognitives, physiques ou émotionnelles.

Ce sont donc nos différences qui nous distinguent et nous rassemblent. Nous réduire à un profil, à une mesure, à une couleur, à une définition est une hérésie intellectuelle et conceptuelle qui n’a aucun sens quand il s’agit de considérer le vivant.

Nous démarrons notre système neurocérébral ou psychomoteur différemment selon qui nous sommes et différemment selon les contextes.

En conséquence, cela complexifie les classifications et les rend peu vraisemblables ou à tout le moins décontextualisée, voire dépersonnalisée.

On peut toutefois distinguer 6 sources d’activation menant à autant de différences qu’il y a de contextes et d’individus. Ce sont des points d’entrée qui peuvent être interdépendants dans l’absolu. Toutefois, en matière de psychomotricité, ils produisent un effet très spécifique à un instant « t » dans un contexte donné et pour une personne donnée dans leur capacité à activer une organisation psychomotrice plutôt qu’une autre.

Pour s’activer de façon cohérente, des organisations psychomotrices priorisent selon les cas  :

  • des aspects en lien avec le monde intérieur passé de l’individu, par exemples des souvenirs (qu’ils soient d’ordre physique, psychologique ou contextuel).
  • des aspects en lien avec le monde intérieur présent de l’individu (des sensations, des cadres logiques ou normés, des valeurs personnelles,…)
  • des aspects en lien avec le monde intérieur futur de l’individu (l’imagination, les idées, l’innovation…)
  • des aspects en lien avec le monde extérieur passé de l’individu (l’/les expérience(s), les vécus…)
  • des aspects en lien avec le monde extérieur présent de l’individu (les actions ou réactions, les ressentis contextuels (Feeling), les cadres de vie, les lieux…)
  • des aspects en lien avec le monde extérieur futur de l’individu  (des projections, des objectifs, des perspectives…)

D’un point de vue neurocérébral, le genre humain (ou du moins celles et ceux qui influent sur son évolution) semble privilégier des priorités et des capacités propres à l’hémisphère gauche pour organiser et développer les modèles de société divers et variés qu’il s’est construit. Ce sont des qualités :

  • d’analyse
  • de détails
  • d’ordre
  • de cadre(s)
  • d’organisation
  • d’efficacité à court terme
  • de rigueur
  • d’impact
  • de connu
  • de complexité
  • d’immédiateté
  • d’expérimentation
  • de sensations

C’est aussi plutôt le domaine de l’impersonnel et du temps par opposition à l’espace. On parle d’un système convergent et de sens tactique (pas forcément de « bon sens » en l’occurrence…). Ce sont des qualités qui s’illustrent merveilleusement dans le monde de l’entreprenariat et de la politique où les objectifs à atteindre à une échéance donnée se définissent sur fond des données (détails) complexes menant à des conclusions rapides.

Sans preuve, on pourrait être tenté d’avancer que celles et ceux qui participent et influent sur la vie politique et économique sont leurs représentants. De là, à prétendre ou conclure que celles et ceux qui s’abstiennent ou la subissent priorisent les qualités des autres lobes cérébraux…; la question, les débats autant que les conclusions scientifiques sur le sujet demeurent ouverts.

Les formes qui ont été données à nos modèles de société ne trouvent pas leur source ou leur origine dans des considérations culturelles, géographiques, politiques, militaires, religieuses ou économiques. Ces dernières sont l’expression, les bras de levier ou les fruits des qualités susnommées.

De nos jours encore, la numérisation, les technologies, la standardisation, les normalisations sont elles aussi des priorités sociales et sociétales qui sont l’expression de ces mêmes qualités et priorités neurocérébrales que nous avons privilégiées ou promues. Il nous semble dès lors évident (pour ne pas dire naturel…) que ces choix et ces priorités soient le prolongement à des réponses ou des évolutions pertinentes et « logiques » à ce que nous avions développé sans elles jusqu’ici.

Nous avons tiré parti de ces bras de levier, ou avons permis à ceux qui bénéficient de ces priorités cognitives d’exprimer leurs talents et d’exercer leur influence, pour façonner notre société vers ce qu’elle est devenue aujourd’hui. Pour le meilleur ou pour le pire selon les intérêts ou l’idéologie de chacun…

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QUID DE LA CRÉATIVITÉ ?
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Il a été fait référence dans ce blog au conditionnement dont nous sommes des héritiers et des acteurs consentants, asservis pourtant aux impératifs de notre intégration et de notre acceptation des rouages systémiques que nous avons développés.

Je vous invite à savourer, puisque c’est fait avec l’humour britannique qui l’accompagne, la profondeur et la vérité des propos de Sir Ken Robinson, pédagogue mondialement reconnu , qui nous livre dans une présentation devenue culte, pourquoi il est si difficile d’être ou de devenir soi-même.

En occident encore plus qu’ailleurs, nous avons été nourri au biberon de la stigmatisation de l’erreur, qui serait le reflet d’une incompétence quelle qu’elle soit, donc d’un manque d’intelligence, la fameuse intelligence au singulier. Il nous dit en substance que :

« Si nous ne sommes pas préparés au droit à l’erreur, ou prêts à nous tromper, nous nous privons de l’opportunité d’arriver à quelque chose d’orginal, de créatif. »
et j’ajoute  à quelque chose de réellement personnel.

Du choix précoce des voies d’études, des examens de fin de scolarité ou de fin d’études à un instant « T », au conformisme à des valeurs et à un système au bénéfice desquels il est attendu que nous soyons dévoués puis efficaces, rien n’est fait pour que la personne trouve sa véritable identité par défaut et par définition.

Ce constat explique à lui seul pourquoi tant d’entre nous sont amenés à marcher à côté de leurs chaussures à des moments clés de leur vie. Nous sommes contraints de nous adapter en permanence à des injonctions extérieures sans avoir eu l’occasion de prendre conscience de la manière dont il nous était possible de nous y conformer de manière immersive tout en respectant notre propre vérité, à savoir la cohérence de nos propres organisations psychomotrices.

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Ci-dessous, la version originale en anglais : (choisir la vidéo suivante pour avoir un sous-titrage)

Ci-dessous, la version avec sous-titrage en français (ou au choix d’une autre langue dans les options de sous-titrage) :

CONVERGENCES des APPROCHES SCIENTIFIQUES ET EMPIRIQUES ?
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Revenons à La science donc, celle de l’anthropologie en l’occurrence, qui avance que :

l’intelligence est née avec la prédation.

Cela nous éloigne de l’angélisme cognitif et conscient qu’on veut bien lui prêter. Ce ne serait donc que pour répondre à un besoin vital de bouffer ou de ne pas l’être que nous serions devenu plus « débrouille ». Cela nous rapproche par contre de ce que nous dit R Llinás (**),  au nom d’une autre science plurielle, les neurosciences :

« Nous pensons parce que nous bougeons »
et non l’inverse…

Car oui, notre cerveau n’a pas la vocation originelle qu’on lui attribue selon Daniel Wolpert (***)

« Notre cerveau n’a été conçu que pour une seule raison et uniquement pour cette raison : produire des mouvements adaptables et complexes. »
et je rajoute… dans des environnements qui changent en permanence.

Or, que constatons-nous ? Que nous faisons en sorte de domestiquer et maîtriser nos environnements pour avoir à bouger de moins en moins au nom de formes de progrès, de productivité et de profit, mais surtout de confort. Or, moins nous bougeons, moins nous performons par ailleurs et plus cela nous demande d’énergie que de (nous) bouger (physiquement et/ou cognitivement).

À ce titre, je vous invite à vous arrêter à proximité d’un escalier roulant ou d’un tapis roulant et à observer ce qui s’y passe… Alors que ce dispositif a été conçu pour nous permettre de nous déplacer plus vite, plus haut ou plus loin avec moins d’effort, la plupart d’entre nous s’arrêtent de marcher dès que nous y posons un pied… Est-ce le simple fait d’accéder à cette facilité qui transforme d’un coup d’un seul un système psychomoteur fait pour bouger en un système « psycho-rigide » perdu dans ses pensées, donc déconnecté de l’environnement dans lequel il se trouve ?

Cela rejoint ce que l’éthologue Audrey Dussutour(****) et son équipe ont mis en lumière avec leurs expériences sur les « blobs ».

Comment ne pas être interpellé par cet organisme unicellulaire sur terre depuis 1 milliard d’années, ni animal, ni plante, ni champignon qui, sans cerveau optimise ses déplacements avec des buts, qui résout des problèmes, qui apprend, qui communique, qui se reproduit, qui interagit en fonction de l’environnement dans lequel il se trouve, qui choisit sa nourriture, qui gère une mémoire externe, qui se développe, qui se met en « mode pause » quasi indéfiniment ?! J’y reviens ICI pour celles et ceux qui veulent en découvrir plus.

Ce qui est mis en lumière dans ces expériences, ce sont bien des formes d’intelligences (au pluriel) au-delà du sens que nous lui avons trouvé et sans cerveau. De quatre choses l’une :

  • Le mot « intelligence » est mal choisi pour ce que nous en faisons ou pour ce que nous voulons en dire.
  • Il y a maintes formes d’intelligences; sa définition au singulier est obsolète et nous devrions faire usage de sa forme au pluriel.
  • L’intelligence n’est pas ce que nous avons cru qu’elle est.
  • De façon générale, le mot n’a de sens qu’au pluriel; en conséquence de quoi, au singulier, il doit y être adjoint le qualificatif qui lui correspond (intelligence motrice, intelligence cognitive, intelligence mémorielle, intelligence analytique…)

Il ressort de toutes ces différentes approches, observations et études que l’intelligence ne se cantonne pas au niveau du cerveau et depuis bien longtemps…

Cela va aussi dans le sens de ce que B. Théraulaz et R. Hippolyte (*****) ont compris de nos identités et différences motrices qui révolutionnent la façon que nous pouvons avoir d’organiser notre coordination et notre cohérence psychomotrice en fonction du contexte et de l’environnement. Ce n’est pas un luxe, c’est même vital sur la durée, que de pouvoir, à titre individuel et personnel, se doter des moyens qui réconcilient notre « phy » avec notre « psy » et réciproquement. Cela complète de surcroît les travaux du médecin et psychologue suisse C.-G. Jung(******).

Tout cela va dans le même sens :

« Il n’y a pas d’intelligence sans corps »

Cette phrase devrait tempérer les ardeurs de celles et ceux qui qualifient l’homme x.0, bardé de composants numériques et artificiels, d’homme augmenté ». On a considéré que de la programmation avancée, associée à de la numérisation et de la technologie robotique doit suffire à augmenter l’être humain. Quelle prétention ! Cela illustre juste le niveau de décontextualisation de celles et ceux qui le prétendent.

Résumer le vivant et son évolution à des lignes de codes et des circuits imprimés aussi géniaux soient-ils, ne doit certainement pas être destiné à se substituer au vivant; car c’est bien de cela qu’il s’agit in fine derrière les discours encenseurs de leurs représentants. Tout cela caché derrière de nouveau mots-vedettes ou fourre-tout que sont l’Intelligence Artificielle, Chat-GPT. Ce sont des développements géniaux mis au service de pouvoirs cupides, donc malfaisants.

Ces avancées ne font pas le milliardième de ce que le vivant sait faire. Et c’est tant mieux ! L’hérésie étant de nous asséner l’argumentation selon laquelle cela résout nos problèmes sociétaux et environnementaux. Nous avons 150 ans de recul pour pouvoir constater les progrès et les dommages irréversibles qu’ont induits l’application des découvertes technologiques dont cette « intelligence au singulier » du genre humain s’est fait l’auteur.

On nous dit que l’avenir de l’homme et que son futur se déroulera sur mars, alors même que nous ne comprenons pas le milliardième de ce qui distingue un être vivant d’un autre sur terre, dans les airs et dans les mers. Il y a lieu de se demander très concrètement si il n’est pas grand temps de mettre un peu de lobes cérébraux droits dans la rigidité chaotique et organisée qu’est devenu notre monde globalisé.

Combien de temps allons-nous continuer à préparer les linceuls aseptisés de quelques milliardaires sur d’autres planètes que la nôtre avant d’intégrer ce que toutes les branches de la vie nous (dé)montrent sur terre ?

Le monde du vivant, pour se maintenir et se développer, dépend d’un trinôme indissociable dont les composantes sont mutuellement interdépendantes dans l’ordre suivant :

  • l’environnement et les contextes,
  • le corps,
  • et quelque chose qui relève de la cognition et de la conscience qui fait partie de ce corps ou pas, qui émane de lui ou l’enveloppe, qui fait corps avec ce corps.

A l’heure où nous percevons que l’univers est en expansion exponentielle, où nous envisageons le quantique comme quelque chose de plus concevable que cela n’était le cas, il semble qu’il puisse y avoir de la place pour un espace, une dimension avec lesquels le genre humain puisse composer autrement qu’en se projetant dans un au-delà mystique.

Qui sait ?…

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RÉFÉRENCES :
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(**) SIR KEN ROBINSON (1950-2020)
Expert en éduction / Professeur / Écrivain / Présdient d’assemblée parlementaire

Ken Robinson s’est fait connaître pour son constat que l’école annihile le potentiel créatif de l’individu en stigmatisant le droit à l’erreur et que sans erreur il n’y a pas de créativité.

Ses détracteurs lui ont reproché de n’avoir pas apporté de réponses concrètes; ce à quoi je réponds que l’approche dont je défends le bien fondé à travers ce site corrige cette lacune et offre des bras de levier très concrets aux enseignants autant qu’aux élèves pour leur permettre de mieux vivre leur individuation; de mieux faire appel à toutes leur ressources, dont la créativité.

Il est à l’origine de nombreuses initiatives pour faire évoluer les choses dont un projet sur 4 ans qui a réuni plus de 2 000 professeurs, artistes, administrateurs autour de 300 initiatives et qui a influencé le programme scolaire britannique.

Auteur, orateur et vulgarisateur de la cause, il a été fait chevalier par la reine d’Angleterre en 2005. Il est décédé en 2020.

(**) RODOLFO LliNÁS RIASCO
Neurologue / Neurologiste / Médecin

Il a consacré sa vie à la compréhension du fonctionnement du cerveau. Il s’est tout d’abord intéressé au fonctionnement des neurones simples, puis progressivement, il est passé à l’étude des assemblées cellulaires. Il s’intéresse maintenant au fonctionnement global du cerveau en étudiant les mécanismes de la conscience et la manière dont le cerveau simule la réalité qui nous entoure. En particulier, il a étudié le mécanisme de  » liaison des sensations « , grâce auquel le cerveau est capable de produire une seule image consciente à partir des sensations qui lui parviennent séparément. Ce mécanisme est expliqué dans l’exposé « Le film de la conscience ».

(***) DANIEL WOLPERT
Médecin / Neuroscientifique

Daniel Wolpert est un leader mondial dans l’étude computationnelle du contrôle sensorimoteur et de l’apprentissage, transformant notre compréhension de la façon dont le cerveau contrôle le mouvement.

En combinant des travaux théoriques et comportementaux, il a mis au jour l’étude du contrôle moteur sensoriel et a montré comment le bruit neuronal joue un rôle central dans la façon dont nous traitons l’information et organisons nos actions.

(****) AUDREY DUSSUTOUR
Directrice de recherche / Éthologue / Neuroscientifique / Myrmécologue / Autrice

Connue et reconnue pour ces études et expériences sur le comportement des fourmis et des blobs, et ses expériences éducatives, Audrey Dussutour alimente scientifiquement l’idée que l’intelligence est plurielle et va au-delà de la définition qu’on en a donnée jusqu’ici et pourrait remettre en question l’origine qu’on lui a attribuée, voire sa définition.

Je cite une phrase issue d’un de ses livres qui résume bien la personne et le (bon) sens de son parcours.

« La science est comme une plante dont la recherche fondamentale est les racines et la recherche appliquée les fleurs. Sans racines vous n’aurez pas de fleurs. »

(*****) BERTRAND THERAULAZ
Entraîneur de volley-ball / Maître d’éducation physique / Fondateur de l’approche ActionTypes / Auteur
et RALPH HIPPOLYTE
Entraîneur national de volley-ball / Conférencier / Chercheur

Lire leur parcours et la genèse de l’approche ActionTypes ICI.

(******) CARL GUSTAV JUNG
Médecin / Psychologue / Psychiatre / Psychanalyste / Auteur / Fondateur de la Psychologie Analytique

Éminent médecin et psychologue suisse; on doit à Carl Gustav Jung des contributions essentielles sur la compréhension de notre fonctionnement psychologique et notre psyché. Il est à l’origine des concepts tels que l’inconscient collectif, les archétypes, l’individuation, les types psychologiques, l’imagination active, la synchronicité.

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l’Intelligence au singulier :
un concept dépassé ?

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